Financement du Djihad par le crowdfunding : le mensonge des élus !!!

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En cette période de paranoïa publique et à une semaine d’un scrutin intégralement voué aux thèses d’extrême droite, on regrettera sans s’en étonner que la parole politique ne se fasse désormais entendre que si elle est conservatrice et populiste.

Ou dit autrement : en politique tout prétexte est bon pour exister. Et il n’y a aucune limite à ce principe tant que la médiatisation est au rendez-vous.

C’est évidemment d’autant plus vrai pour les hommes et femmes politiques éloignés des dossiers, ceux dont l’utilité n’est pas évidente ou encore ceux dont la légitimité ne résulte pas d’un processus réellement démocratique.

C’est ainsi que nos sénateurs ont, à nouveau, décidé de désigner le crowdfunding comme une source de financement pour les djihadistes.

Le crowdfunding dans le viseur du sénat

« Selon certaines déclarations recueillies (…), cette technique de financement pourrait, dans les années à venir, favoriser des dérives et constituer un canal de financement pour des activités illicites parmi lesquelles le terrorisme, du fait d’un manque de régulation des opérateurs. »

Voici la conclusion du rapport publié par le sénat présentant pistes à exploiter pour tarir le financement du terrorisme international.

C’est un point de vue plutôt surprenant quand on sait que non seulement le crowdfunding français est particulièrement régulé mais qu’en plus cette régulation a fait grand bruit et date de seulement l’année dernière.

Surtout : les parlementaires ont eux-mêmes étés impliqués dans cette régulation… enfin ceux qui étaient présents bien sûr ! Il faut dire que le texte a été le fruit d’un long travail entre les acteurs de la finance participative d’un côté et les pouvoirs publics de l’autre.

Malheureusement, la désinformation se propageant généralement plus vite que son contraire, le caractère démoniaque du crowdfunding a largement été repris par un paquet de sites poubelles qui n’hésites généralement pas à énoncer les contre-vérités en annonçant par exemple qu’« Internet est devenu un gigantesque terrain de jeux pour toute personne mal intentionnée et un phénomène aussi vaste que le Crowdfunding est une aubaine pour eux et ce nouveau moyen de financement peine à être réglementé de manière efficace. »

Nous venons pourtant de voir que c’est parfaitement faux.

Le deuxième argument d’importance avancé par le sénat pour justifier l’impact du crowdfunding sur le financement du terrorisme serait la supposée manque de culture financière des acteurs de la finance participative par rapport à la finance traditionnelle.

Le rapport affirme notamment que « pour le service de renseignements, des failles existent. Ainsi, les opérateurs des plateformes de financement participatif ne sont pas aussi bien entraînés à une connaissance fine de leur clientèle que les opérateurs financiers classiques. A ce jour, ils n’ont ni les moyens, ni la vigilance, ni la culture en la matière des banques traditionnelles. »

Là j’avoue que je suis resté un peu bête… Parce que des gens comme moi, sans expérience professionnelle dans la banque, c’est un profil atypique dans le crowdfunding. En réalité la majorité des acteurs de la finance participative vient directement de la finance traditionnelle !

D’ailleurs, même sans aller jusqu’à étudier le staff de chaque plateforme, il est bon de rappeler que :

  • les plateformes proposant le crowdlending ou emprunt participatif (60% des fonds levés en France en 2014) acceptent ou refusent un projet en fonction de l’analyse de risque type scoring réalisé par une entreprise indépendante qui réalise ce genre de prestation pour les banques traditionnelles.
    Unilend travaille par exemple avec la société Altarès.
  • les plateformes proposant l’equity-crowdfunding ou investissement participatif (15% des fonds levés en France en 2014) soumettent les candidats un audit minutieux (due diligence) afin de proposer une analyse similaire à celle qui serait proposée à n’importe quel investisseurs privés.
    Et, dans tous les cas, bien plus poussée que les analyses réalisées en vue d’investissements publics…

D’ailleurs on constate que les entreprises qui se financent via ces deux types de financement ont des taux de défaillance similaire à l’emprunt bancaire ou à l’investissement privé.

Ce qui démontre que les acteurs du crowdfunding sont parfaitement compétents pour analyser et comprendre une entreprise. Où, à minima, ils le sont autant que les acteurs de la finance traditionnelle…

D’ailleurs les seules études sérieuses qui associent crowdfunding et jihad démontrent que les djihadistes ont utilisé leur propre plateforme.

Pourquoi devrait-on condamner les autres acteurs qui font le nécessaire pour éviter ce genre de situation ? Ou par analogie : si demain les djihadistes créent une plateforme de e-commerce, devrait-on réguler Amazon ou EBay ?

Un manque cruel d’arguments objectifs

Parce que c’est justement là le problème : l’incroyable (et chronique) manque de compréhension des nouvelles technologies par nos élus (*).

Prenons le crowdfunding… J’use mes doigts semaines après semaines à vous expliquer que pour connaitre le succès en crowdfunding il faut mener d’importantes actions de communication et qu’il faut vous montrer le plus visible possible (notamment relations presses et référencement).

Jusqu’à preuve du contraire, je ne me rappelle pourtant pas avoir vu passer d’articles sérieux de presse sur une campagne menée par des terroristes… et quand je tape « financer le Jihad » sur Google, je ne vois pas de lien vers les plateformes de crowdfunding !

Est-ce étonnant ? Sans être un spécialiste, j’imagine que si je devais financer une activité illégale, j’éviterais de le faire en place publique et via un mode de financement qui coute aussi cher et demande autant d’énergie !

Ou dit autrement : la délinquance financière n’a pas attendu le crowdfunding pour inventer les sociétés écrans.

Et puis, sans rire, le profil classique de l’entreprise financée par les internautes c’est une startup innovante. Soit une entreprise qui ne vit que par l’apport de financement et qui donc a une obligation vitale de transparence financière.

C’est quand même très éloigné de la société écran classique non ?

Alors vous allez me dire qu’il n’y a pas que des startups en crowdfunding et que certaines de ces entreprises pourraient avoir un profil plus compatible avec les standards de la délinquance financière. C’est assez bien vu.

Sauf qu’il y a énormément de méthodes pour apporter des fonds à ce genre d’entreprise et elles sont toutes plus simples, rapides et discrètes que le crowdfunding.

D’ailleurs Nathalie Goulet, sénatrice UDI et co-présidente d’une commission d’enquête sur la lutte contre les réseaux djihadistes, admet que « le coût de l’opération du Bataclan est estimé à 7.500 euros (…) On avait évalué à 5.000 euros l’opération de Charlie. Ces petites sommes fonctionnent par des crédits à la consommation et des petits prêts (…) »

Jje préfère juste parler de mauvaise foi politique…

On pourrait bien sur répondre que si le crowdfunding n’est pas utilisé pour financer les actions isolées, il peut l’être pour financer Daech…

Mais, quand on compare le patrimoine de l’état islamique (2260 milliards d’euros) avec les fonds levés en don avec contrepartie en France (38 millions d’euros en 2014), c’est évidemment ridicule !

Les petits bonhommes qui moussent

Après, en politique, le ridicule n’aura jamais tué personne sinon il faudrait déménager le panthéon chaque année.

Mais en cette période tout aussi troublée qu’électorale, l’objectif des politiques c’est d’exister à tout prix. Un peu comme Jean-Yves le Drian qui laisse croire que 1000 personnes dangereuses ont essayé de traverser la frontière en une semaine.

Soit 52 000 personnes par an. Ce qui est bien trop élevé pour être crédible (moins de 0,03% de ces dangereux terroristes passeraient réellement à l’acte ? Sérieusement ?) mais bien suffisant pour faire paniquer les électeurs à une semaine d’un scrutin dont la sécurité sera l’un des thèmes majeurs… et pour lequel Jean-Yves le Drian est candidat !

Pour les sénateurs, qui n’ont aucune utilité législative, l’occasion d’exister est bien trop rare et donc bien trop belle !

Alors ok, en cette période, ce n’est même pas une spécificité tricolore et l’excès dans tous sens est la norme. D’ailleurs, si on se fie à son gouvernement, la Belgique semble être plus riche en salafiste que l’Arabie Saoudite…

Pourtant j’ai déjà été à Molenbeek et je n’ai pas gardé de souvenir particulier concernant des crucifixions ou une lapidation quelconque. Juste une banlieue perdue comme en compte toutes les mégalopoles.

Alors, de vous à moi, entre si je dois choisir de faire confiance aux acteurs de la finance participative ou bien aux politiques qui la fustigent, je vais choisir ceux qui paraissent être les plus responsables. Et de très loin les moins dangereux.

Ou comme disait Ronald Reagan : « Les dix mots les plus terrifiants de la langue anglaise sont : Bonjour, je suis du gouvernement et je viens vous aider ».

(*) Par abus de langage, lorsque je parle d’ « élus », je sous-entends aussi les sénateurs. Vous aurez bien sûr corrigé par vous-mêmes…

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