2017 : l’année de tous les dangers pour le crowdfunding

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Bonne année et meilleurs vœux à tous et toutes !

Comme l’année dernière, j’ai fait briller ma boule de cristal pour vous livrer mes prévisions concernant le crowdfunding pour l’année 2017.

Et, d’après ma boule, le crowdfunding peut continuer à séduire les français et maintenir sa fulgurante croissance.

Mais seulement à la condition qu’il résiste aux pièges qui l’attendent cette année : incertitude législative, scandales à répétition, défiance des consommateurs…

Face à ces défis, les acteurs du secteur auront à choisir entre se diversifier ou jeter l’éponge.

Regardons cela plus en détails…

Le crowdfunding entre diversification et concentration

L’ORIAS recensait, il y a un an, 31 plateformes de crowdequity et 58 plateformes de crowdlending. A ces dernières, on peut ajouter une centaine de plateformes de don avec contreparties….

Soit au moins dix fois trop d’acteurs pour un marché français par définition naturellement limité.

En réalité il y a trop peu de projet pour toutes ces plateformes. Et trop de plateforme pour un marché si réduit.

Moralité : aucune plateforme de crowdfunding n’est rentable.

Il est fort à parier que l’année 2017 sera celle où un grand nombre de plateformes françaises vont disparaitre car trop fragiles structurellement (et financièrement) pour résister aux leaders.

Mais il n’y a pas que pour les « petites plateformes » que la concurrence s’intensifie et même les mastodontes du secteur sont contraints de diversifier leurs offres.

Le géant américain du don avec contreparties Indiegogo, par exemple, propose depuis quelques mois une offre de financement en crowdequity.

Et, malgré des débuts quelques peu poussifs, cela fait d’Indiegogo la plus grosse entreprise de crowdequity au monde…

D’ailleurs ce besoin de diversification est déjà une réalité en France et les plateformes tricolores se pressent pour offrir toujours plus de services.

KissKissBankBank, l’un des leaders français du don avec contreparties, est déjà actif dans le crowdlending avec HelloMerci et Lendopolis.

Afin d’étoffer son offre, la plateforme va bientôt proposer une offre de crowdequity et vient d’ouvrir une boutique physique dédiée au crowdfunding.

Imitant ainsi son principal concurrent, Ulule, qui a lui aussi ouvert une boutique physique sur le même modèle…

La solution du cross-selling séduit d’ailleurs de plus en plus le monde du crowdfunding et les points de vente se multiplient.

Pour n’en citer qu’un : Fundy, site marchand spécialisé dans le crowdfunding, a ouvert un magasin éphémère depuis quelques semaines… et ça cartonne !

Evolution de la législation et présidentielles

Ce que l’on constate, lorsque l’on compare pays par pays, c’est que les performances du crowdfunding sont directement liées à la législation en vigueur.

En Australie, par exemple, le crowdfunding décolle faiblement à cause d’une législation ultra-conservatrice.

A l’inverse, un peu partout en Asie, ce sont les évolutions législatives qui ont permis l’explosion du crowdfunding.

Et en France alors ?

Pendant longtemps le cadre législatif restrictif a, littéralement, dégouté les entrepreneurs se lançant sur le marché.

Et puis, il y a 18 mois, un décret relatif au crowdfunding a vu le jour.

Ce dernier, oscillant entre protectionnisme et laissez-faire, a été moyennement accueilli par le milieu du crowdfunding.

Si ce microcosme a unanimement salué l’évolution positive de la législation, il a aussi immédiatement réclamé de nouveaux assouplissements.

Et il n’échappera à personne que des élections importantes sont prévues en France pour cette année

Le candidat Macron, qui s’est déjà montré favorable au crowdfunding, aura probablement les faveurs du monde de la finance participative.

Mais quid des autres candidats ?

Vont-ils, à l’image de la BCE, faire de la régulation des Fintech une priorité absolue ?

Surtout que, une fois encore, la légende « le crowdfunding finance le Djihad » est de retour. Même si, par le passé, j’ai déjà exposé les arguments qui réfutait cette thèse (voir « Crowdfunding et terrorisme ») …

Sans vouloir paraitre trop pessimiste, je pense que non seulement le crowdfunding a besoin d’une évolution législative positive pour maintenir sa croissance, mais je pense malheureusement que cette évolution n’arrivera jamais…

Scandales et perte de confiance

Depuis plusieurs mois, les agences RP basées aux Etats-Unis m’expliquent que l’opinion publique américaine a été durement choquée par le financement du film « It’s all good » et que, depuis, le crowdfunding connait un réel coup d’arrêt.

A l’origine, c’est un projet comme il y en a des milliers : un film indépendant financé à hauteur de 75 000 dollars.

Mais, une fois l’argent empoché, les porteurs de projet ont disparu… pour réapparaitre sur les réseaux sociaux en postant des photos aux quatre coins de la planète en train de dépenser l’argent de la collecte !

L’écœurement général a été tél que ce projet est devenu rapidement le symbole de la face sombre du crowdfunding.

Les porteurs de projet ont, depuis, tenté d’apporter toutes sortes de justifications… sans franchement faire infléchir l’opinion publique.

Et, malheureusement, ce genre de scandale sera amené à se répéter…

Pour une raison simple : les internautes ont tendances à financer massivement n’importe quoi. Y compris quand cela semble pourtant être une évidente arnaque !

Un excellent exemple, c’est le rasoir laser Skarp, mis en financement sur Kickstarter en 2015.

L’histoire est connue : après un excellent début de campagne, les articles de presse ont commencé à se multiplier pour dénoncer la probable arnaque.

Kickstarter décide alors de fermer la campagne et de rembourser les contributeurs. Que cela ne tienne : la campagne réapparait quelques jours plus tard sur Indiegogo.

On aurait pu croire que les internautes allaient fuir la campagne mais, contre toutes attentes, le projet a réussi à collecter plus de 500 000 dollars auprès de 2780 contributeurs !

Et pourtant, à priori, on peut penser que ces internautes ne recevront jamais la contrepartie promise…

Dernier exemple en date : la campagne Holiday Hole au cours de laquelle les internautes ont été invité à financer une campagne destinée à … creuser un trou totalement inutile !

Pour 5 dollars versés, une pelleteuse creusait pendant 3 secondes sans aucun autre but.

Encore une fois, cette campagne un peu stupide aura cartonné et collecté plus de 100 000 dollars…

Et, encore une fois, ce sont les internautes eux-mêmes qui ont créé le contexte propice au scandale.

En réalité, le plus gros défi du secteur n’est pas d’éviter ou d’encaisser les scandales. Le véritable défi sera d’éduquer les contributeurs.

Le crowdequity enfin pris au sérieux

Autant 2016 (et les années précédentes) aura été l’année du crowdlending, autant 2017 sera l’année du crowdequity !

Et en premier lieu parce que la « peur du crowdfunding » évoqué précédemment devrait épargner le crowdequity.

En effet les contributeurs en crowdequity ont une bien meilleure conscience du risque et admettent plus facilement que les projets ne peuvent pas tous aboutir que ceux qui contribuent aux campagnes de don avec contrepartie.

Et puis, ensuite, parce que le cadre législatif du crowdequity est celui qui évolue le plus favorablement.

Par exemple les toulousains de Wiseed peuvent désormais permettre aux entreprises de lever jusqu’à 5 millions d’euros par an et par opération.

Jusqu’à présent, le montant était limité à 2,5 millions pour les projets liés au énergies renouvelables et 1 million pour les autres.

Nul doute que d’autres plateformes suivront rapidement…

L’explosion de l’equity-crowdfunding est d’ailleurs un phénomène qui se constate au niveau mondial !

Des innovations dans l’offre… et la demande !

Le crowdfunding pour les projets personnels fait un carton outre-Atlantique notamment sur la plateforme GoFundMe.

Vous pouvez y lever des fonds pour financer des études, des soins médicaux ou vétérinaires, un mariage ou un divorce, voir même votre traitement contre l’infertilité !

Chez nous il est déjà courant d’utiliser le crowdfunding pour financer une cagnotte d’anniversaire par exemple.

Mais depuis plusieurs mois, les messages que je reçois concernent de plus en plus des causes personnelles : dépenses médicales, frais de divorce, surendettement, etc.

En réalité le crowdfunding est de plus en plus vu comme une alternative aux services publics y compris en France.

La ville de Paris, par exemple, a mis en ligne une plateforme destinée à financer des obsèques par crowdfunding. Même la CGT utilise le crowdfunding pour financer la grève !

Mais les mécanismes du crowdfunding eux-mêmes évoluent et des nouveaux modèles plus ou moins convaincants apparaissent tous les jours : live crowdfunding à Toulouse en octobre dernier,  association du crowdfunding et de la blockchain, outils pour mener ses campagnes sur son propre site web, …

A titre personnel, je crois à l’ingéniosité humaine et je ne doute pas une seule seconde que des offres de crowdfunding de plus en plus créatives vont émerger dans les mois à venir.

Sauf si, évidemment, le législateur en décide autrement…

Et pour vous, à votre avis, l’année 2017 sera-t-elle celle de la déception ou de la consécration pour le crowdfunding en France ?

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