Le crowdfunding belge

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La Belgique, ce n’est pas que bière, chocolat et bande-dessinées. C’est aussi un million d’entreprises et d’associations qui, comme un peu partout sur la planète, recherchent des financements.

Une aubaine pour les multiples plateformes de crowdfunding belge qui permettent de financer de plus en plus de projets.

Car, même si le marché belge est par nature limité, le crowdfunding commence à bien fonctionner malgré une législation qui tarde à s’adapter.

Un marché réduit mais en forte croissance

Même s’il a eu du mal à démarrer et même si les volumes ne sont pas comparables avec ce qui se constate en France, les plateformes de crowdfunding belges auront tout de même collecté plus de 2 millions d’euros en 2014 et, pour l’année 2016, les prévisions de KPMG se situent à plus de 6,5 millions d’euros.

Et surtout, à l’image de ce qui se passe chez ses voisins, la Belgique voit les fonds collectés par ses plateformes quasiment doubler chaque année !

Ce qui est remarquable, c’est que les contributions moyennes sont assez élevées : 90 euros en dons avec contreparties (contre une cinquantaine d’euros en France).

De plus, les montants collectés sont assez bien répartis entre les différentes variantes du crowdfunding :

  • don avec et sans contreparties (33 %)
  • emprunt/crowdlending (38 %)
  • investissement/crowdequity (29 %)

Néanmoins le marché est tracté par le crowdlending dont la croissance est plus forte que celles des autres variantes (le marché du crowdlending belge a quasiment triplé sur un an).

Pourtant le marché du crowdfunding belge a encore une large marge de progression devant lui. Si par exemple on ramène les fonds collectés à la population du pays, le Belge investit en moyenne 0,11 euro alors que les Français montent à 1,20 euro, les Hollandais à 1,58 euro et les Britanniques à 1,78 euro.

Au niveau des plateformes, les pionniers du marché se nomment Look&Fin (aussi présent en France), MyMicroInvest, AngelMe ou encore SonicAngel. Mais les nouveaux entrants apparaissent à un rythme aussi soutenu qu’en France.

On peut raisonnablement penser que le marché belge est trop exigu pour un trop grand nombre de plateforme.

D’ailleurs, ces dernières tentent surtout de s’étendre à l’étranger pour échapper aux limites naturelles du marché national.

En mettant en avant une expérience néanmoins réelle et des campagnes souvent très réussies.

Un mélange de couac et de succès

L’histoire commence par un succès : le média indépendant en ligne Newsmonkey lève 275 000 euros sur la plateforme MyMicroInvest.

Mais deux ans plus tard, les investisseurs sont forcés de sortir du capital. Avec à la clef une plus-value de 10 % … absorbée par les frais de la plateforme (12 %) !

On peut aisément imaginer à quel point les 1500 contributeurs ont dû se sentir frustré…

D’une certaine façon, MyMicroInvest paie un peu pour sa position de pionnier. Un peu à la façon de Wiseed en France.

Malgré tout la Belgique a connu quelques campagnes de crowdfunding assez mémorables…

Par exemple la startup Domobios qui, proche des milieux universitaires, a développé une solution innovante pour piéger les acariens et réduisent d’autant les phénomènes allergiques qu’ils peuvent provoquer.

Ils auront réussi à lever 370 988 euros sur la même plateforme MyMicroInvest… dont seulement 99 000 auprès de la foule ! Le reste des fonds ayant été apporté par des investisseurs professionnels !

A l’époque, comme je vais vous l’expliquer ci-après, on ne pouvait pas mener de campagnes pour plus de 100 000 euros en Belgique…

Et les belges n’ont pas attendu d’avoir leurs propres plateformes pour lancer des campagnes et, que ce soit KissKissBankBank ou Ulule, les sites français accueillent depuis toujours les campagnes du plat pays.

Mon coup de cœur : le Champignon de Bruxelles, le premier projet de culture de Shiitake à Bruxelles, produit sur le marc de café des bruxellois !

Un petit montant collecté (à peine plus de 10 000 euros) mais une très belle campagne qui aura séduit plus de 150 contributeurs !

A cette époque, d’autres porteurs de projet préféraient lever les fonds directement depuis leur propre site web.

Prenons l’exemple des deux bruxellois ont lancé le Brussels Beer Project, une brasserie collaborative financée par 2200 contributeurs. Ces derniers recevront, chaque année, 12 bouteilles de bières fabriquées au sein de la brasserie.

Un projet qui a entièrement été financé sur le propre site web de la brasserie !

L’entrepreneur belge a le sens de la débrouille. Une qualité rendue nécessaire par un environnement juridique très en retard sur le crowdfunding.

Un environnement à améliorer

Lorsque l’on observe le marché du crowdfunding pays par pays, on se rend rapidement compte de l’importance capitale d’un cadre juridique adapté.

Or, en Belgique, ce cadre adapté n’existe pas.

Une entreprise belge pourra collecter, autant en crowdequity qu’en crowdlending, au maximum 300 000 euros par opération. Surtout les internautes ne pourront pas investir plus de 1000 euros par personne et par projet !

Famélique au regard non seulement des besoins réels mais aussi au regard de ce qui se pratique dans les autres pays.

Et encore : jusqu’en avril 2014, les porteurs de projets pouvaient lever un maximum de 100 000 euros !

Comme quoi les législateurs sont déconnectés de la réalité de la vie économique dans tous les pays et pas juste en France…

A côté du cadre législatif peu favorable, le crowdfunding belge a un autre obstacle de taille à affronter : l’aversion légendaire qu’ont les belges pour le risque.

Les investisseurs belges accordent une plus grand importance à la sécurité du placement que, par exemple, leurs voisins néerlandais qui s’intéressent bien plus au rendement. Les belges sont d’ailleurs réputés pour leurs investissements immobiliers…

C’est à ce titre que certains avancent que les banques pourraient devenir un intermédiaire privilégié entre les plateformes de crowdfunding et les investisseurs belges.

Elles pourraient, par exemple, regrouper différentes campagnes de crowdfunding sous la forme d’un fond d’investissement. Afin de diversifier le risque pris par les internautes.

Car, en réalité, il faudra nécessairement réduire le risque pour réussir à intéresser les contributeurs du plat-pays

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